La Presse 2002

Des vacances maison

Diane Précourt Le samedi 12 janvier 2002

Les voyageurs sont de plus en plus nombreux à vouloir se créer un chez-soi le temps d'un séjour à l'étranger. Les tournées de dix pays en trois semaines? Très peu pour eux. Vivre au rythme des gens du pays, aller en excursion dans les villes et villages voisins, faire les courses au marché à vélo, cuisiner les produits locaux... Tout devient prétexte à se concocter un petit nid où, paradoxalement, le dépaysement rime avec une sorte d'enracinement. Pas étonnant que la location de maisons en Europe prenne l'allure d'un véritable engouement chez les Québécois.

«Dans certains villages français, par exemple, vous avez sous les yeux une vraie pièce de Pagnol!», s'exclame Claudine Dujardin, de Vacances en province (www3.sympatico.ca/vacanpro/accueil.htm), grossiste-détaillant qui se spécialise dans la location de péniches et de maisons en Europe (France, Belgique, Italie, Portugal, Espagne) et dans les Antilles. Beaucoup de gens qui cherchent à fuir le stress du quotidien rebutent à se taper en rafale des visites-qui-valent-le-détour et ainsi risquer de se retrouver en pleine arnaque touristique, au profit de la «vraie» vie du «vrai» monde.

«Souvent, poursuit Mme Dujardin, nos clients veulent partir en famille, en couples ou avec des parents âgés, dans un contexte flexible que n'offre pas toujours l'auberge ou l'hôtel.» Recréer un espace d'intimité: voilà le secret. La qualité d'un tel séjour se trouve donc largement tributaire du choix de la propriété, et de son site. Car une déception est d'autant plus amère qu'une fois les vacances engagées et les frais payés - à l'avance -, on ne s'en tire pas aussi facilement qu'avec l'annulation d'une réservation à l'hôtel.

Ainsi, la situation géographique et l'environnement deviennent des critères aussi importants que la maison elle-même. On ne veut pas se retrouver, n'est-ce pas, au beau milieu d'un trou perdu, près d'un train qui tchou-tchou la nuit, le long d'une autoroute ou à côté d'une brasserie achalandée... Ou peut-être bien que l'un ou l'autre de ces aspects nous est parfaitement égal: l'important, c'est de savoir exactement à quoi s'attendre. «Les besoins sont tellement diversifiés, dit Mme Dujardin. Des gens nous ont demandé, par exemple, s'ils pouvaient faire du patin à roulettes à proximité de "leur" maison. Dans le cas de l'Europe, c'est une bonne question parce que le pavé, sur lequel il n'est pas très pratique de rouler, y est très répandu.»

Plus on réserve tôt, plus grandes sont les chances de dénicher le meilleur rapport qualité-prix. Les propriétés les plus intéressantes s'envolent rapidement, même que plusieurs les retiennent dès après leur séjour, pour l'année suivante. Les Européens sont champions à ce sport.

Si, à cette période de l'année, le choix demeure encore intéressant, il est quand même grand temps d'y penser. Au Québec, les plus prudents sont fixés depuis l'automne dernier. «D'autant plus qu'avec la nouvelle semaine de 35 heures obligatoire en France et le temps supplémentaire que cela permet d'accumuler dans certains secteurs, les vacances de quelques jours ou d'une semaine sont de plus en plus nombreuses», signale Claudine Dujardin.

La facture

Les tarifs? Vous pouvez obtenir une maison à partir de 300 $ ou 400 $ par semaine, mais le coût peut atteindre 4000 $ ou 5000 $. Il n'y a pas vraiment de limite. On a déjà vu des gens payer jusqu'à 12 000 $ pour sept jours. Des services connexes sont aussi disponibles sur demande: des marmitons pour vous cuisiner des petits plats, des gens pour faire le ménage, des gardiens pour les enfants, des guides pour les sorties... On est en vacances, quand même! À chaque prestation supplémentaire, il faudra évidemment passer à la caisse. Mais, tout compte fait, et contrairement à ce qu'on pourrait croire, ces séjours restent abordables à la base, considérant également que les frais peuvent facilement être partagés. Et la facture sera ce que vous en ferez.

Il y a plus. Claire Galarneau se spécialise dans la location de maisons dans les régions de la France (nosmaisons.com), chez Club Aventure Voyages de Québec: «C'est une formule reposante qui permet de rayonner assez loin autour de la propriété louée, et donc de fouiller vraiment un coin de pays sans être toujours dans ses valises ni devoir chercher un hôtel et des restaurants tous les jours. Plusieurs de nos clients choisissent trois ou quatre maisons dans des régions différentes pendant leur séjour.» Ces propriétés sont visitées régulièrement pour assurer une constance dans la qualité, tout en gardant en tête les différences dans les critères de confort nord-américains et européens.

Bien sûr, il est possible de naviguer sur le Web pour trouver - et réserver - une maison disponible sur le marché de la location. C'est toutefois plus délicat compte tenu de la nature intimiste du produit, et plus complexe quant aux frais d'interurbains, de traites bancaires et autres, dont vous n'avez pas à vous soucier en faisant affaire avec une agence «réelle». Afin d'éviter les mauvaises surprises ou même le cauchemar une fois sur place, assurez-vous que l'agence choisie détient un permis du Québec, ce qui peut être vérifié auprès de l'Office de la protection du consommateur, responsable de l'émission de ces licences. Ainsi, votre investissement sera protégé et soumis aux lois québécoises en cas de pépin, en plus d'être acheminé là où il doit l'être...

Home sweet home, voilà la devise du tourisme-cocooning.

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